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  • Carole

Comment élever un Fils en 2021 ?

C'est un billet très personnel que je m'apprête à écrire. Un billet que je n'aurais peut-être pas écrit si j'avais eu cet enfant il y a dix ans. Un billet qui sera certainement sans réponse définitive. Un billet comme une exploration d'un sujet complexe mais qui me fascine autant qu'il m'angoisse.


Emrata et Moi

Etre enceinte la même année que Emily Ratajkowski n'est pas une mince affaire pour supporter les affres de la grossesse sur son corps, pendant la grossesse et en postpartum, en voyant les photos de cette déesse qui porte la grossesse avec style et sublimation (ainsi qu'un patrimoine génétique particulièrement favorable, certainement). Mais ce n'est pas son corps qui m'a le plus fait réfléchir, mais sa prise de position à l'annonce de sa grossesse, publiant dans le VOGUE américain une tribune expliquant que son enfant choisirait son sexe à ses dix-huit ans, et qu'il n'y aurait pas de gender reveal. Quand j'ai organisé ma mini baby shower, Covid friendly, à 6 personnes, et que nous avons révélé que nous attendions un garçon, j'ai reçu des centaines de commentaires bienveillants, et quelques uns m'accusant d'être une mauvaise féministe d'organiser une gender reveal party, ce qui m'a laissée assez interrogative.

Consciente de la puissance du mouvement woke aux Etats-Unis, je comprenais cette prise de position même si je n'étais pas capable de faire le même constat pour mon propre enfant; mais la tribune d'Emily a eu le mérite de m'interroger sur un sujet finalement si proche de ma thèse sur l'héroïsme masculin américain : "what it is to be a man, a legitimate man" (citation de Suzette Heald dans Manhood & Morality)



Quelle Masculinité pour Mon Fils ?

Je vis dans un monde peuplé d'hommes. J'en suis d'autant plus consciente à travers mon rôle de mentor dans le programme SISTA. En 2020, seules 4% des startup étaient créées par des femmes, et 90% des fonds levées pour le financement des startups étaient alloués à des équipes fondatrices masculines. Clairement, nous sommes une minorité.

Dans mon monde d'avant, quand j'étais comédienne et romancière, je vivais déjà dans un monde où les hommes étaient plus nombreux, et surtout plus souvent au pouvoir. Ce n'est pas surprenant que le mouvement #MeToo y soit d'ailleurs né. On me demande souvent si le monde de l'entrepreneuriat est sexiste, je réponds volontiers que celui de l'édition, du théâtre ou du cinéma l'est immensément plus. Je me rappelle avec une gêne caractérisée le jour où un éditeur réputé m'a dit "avec une petite pipe, bien sûr que je publie ton bouquin" (qui heureusement, fut repéré par Celine Thoulouze chez Belfond avec qui nos relations n'ont toujours été que très amicales) ou les nombres de fois où j'ai été (très) lourdement draguée par un réalisateur ou metteur en scène (fort heureusement, pas tous !). Je n'ai pratiquement jamais reçu de remarques désobligeantes de mes pairs (j'ai souri devant "on respecte Carole car elle fait du bon business" ce qui sous-entendait que si j'étais médiocre, je ne mériterais pas d'être respectée, mais est-ce en tant que femme ou en tant qu'entrepreneur? sujet ouvert au débat), et j'ai toujours été traité avec déférence par les investisseurs et banquiers que j'ai pu croiser, qui ont toujours fait preuve de beaucoup de professionnalisme. La masculinité toxique n'est pas, à mon sens, un problème de pouvoir, ou de profession, mais bien de culture. Alors comment m'assurer que mon fils tombera du bon côté ?


Not All Men, Mais...

Mais est-ce que bien élever mon fils sera suffisant ? Est-ce que lui inculquer les valeurs de partage, de bienveillance, de gentillesse, ces valeurs si peu promues en notre époque qui met en théâtre les comportements extrêmes, parfois intolérants, valorise le clash d'un mot cassant à la pensée logique ou scientifique, sera suffisant ?

Est ce que mon fils à naitre, qui recevra grâce à l'Etat Francais une éducation presque gratuite et de qualité, qui grandira dans un pays où sa sécurité physique et médicale sera assurée, qui sera un de ces mâles blancs privilégiés, pourra trouver une place dans la société de demain qui ne sera pas celle d'un homme qui devra s'excuser des dérives de ses ancêtres et qui vivra dans la crainte de ne pas être assez. Pas assez gentil, pas assez compréhensif, pas assez "not all men".

Car surtout, quelle sera la société de demain, qui tente aujourd'hui de se ré-inventer comme une société plus équitable, plus inclusive, moins patriarcale ? Et comment je peux, étant une femme née et entourée d'hommes de la génération d'avant, l'aider à construire ce monde ?



Le Droit à l'Erreur, le Devoir d'Apprentissage

Plus que tout, je m'inquiète et m'interroge sur le droit à l'erreur dont mon fils pourra bénéficier s'il n'arrive pas du premier coup à avoir une attitude exemplaire. Quelle sera la latitude sur le devoir d'apprentissage qu'offrira notre société demain ? Quelles outils, valeurs, devons-nous lui transmettre pour faire de lui un homme suffisamment ouvert d'esprit, suffisamment humble, suffisamment bienveillant pour être accepté dans la société, mais surtout pour y être heureux ? J'ai eu la grande chance d'épouser un homme particulièrement bienveillant, généreux, humaniste, et je lui fais confiance pour transmettre ces valeurs à notre fils, à la fois par les paroles mais aussi par l'exemple qu'il lui donnera chaque jour. Il n'en demeure pas moins une inquiétude, peut-être illégitime, sur la place qu'il pourra trouver. Incertitude que je ne peux que combler en me disant qu'avec une grande sécurité affective, un foyer aimant, bienveillant, et à l'écoute, il devrait trouver, quelque soit son chemin, une forme de bonheur qui lui conviendra.


Je l'espère.