• Carole

De Si Jolis Chevaux


L'équitation fait partie de ces passions qui sont dévorantes. Bien plus qu'un sport ou un hobby du dimanche, c'est un véritable art de vivre qui se joue des dimanche matin, des mardi soir, du froid de janvier, de la canicule d'août.

Je ne pourrais pas expliquer pourquoi ou comment j'en suis arrivée à monter à cheval car je ne fais pas partie de ces familles où l'équitation est une tradition ancrée dans les gènes. Mon père m'a emmenée un jour au poney-club quand j'avais 8 ans, je suppose car j'étais pleine d'énergie et que j'avais arrêté tous les sports auxquels on avait tenté de m'inscrire au bout de quelques semaines.

Je peux par contre vous expliquer pourquoi j'y suis restée.


Pour la petite fille solitaire et un peu sombre que j'étais, c'était d'un seul coup très rassurant, très apaisant de pouvoir partager quelque chose dans le silence, où la réciproque du dialogue ne serait qu'illusoire. Les premiers poneys que j'ai monté ont été mes premiers meilleurs amis, mes premiers confidents, mes premiers souvenirs d'amour.

Avec l'âge et la vie, cette relation est devenue de plus en plus fusionnelle, de plus en plus intense et mes poneys sont devenus une part entière de moi. Je dis poney, même aujourd'hui, même pour parler de mon beau Imperial qui m'a remise en selle après des années passées à pied aux Etats-Unis, même pour parler de Poésie qui m'a de son mètre soixante-dix au garrot brisé l'intégralité de l'épaule. Ce sont toujours mes poneys, comme les petits Welsh que je montais quand j'avais 8 ans. Car s'ils sont beaux, majestueux, fiers et altiers quand ils se baladent en liberté devant moi pour me rappeler je suis libre aussi, ils sont surtout mes confidents les plus précieux.


Il n'y a que deux endroits où j'oublie que le reste du monde existe et où le poids de la solitude disparaît comme par magie, c'est à l'Eglise et sur le dos de mes poneys. Je ne pense plus à rien, mon cerveau déconnecte des réalités, du mal, du monde, et je ne suis plus qu'une touche, qu'un feuille qui se pose sur le poil soyeux et lisse et plus rien n'existe à part moi, et lui.

Je dis lui car j'ai très longtemps préféré monter des poneys garçon. Je reprends toujours les gens dans la rue qui me demande si Byron est un garçon, et je réponds toujours "oui, c'est un mâle" car Byron n'est pas un garçon, c'est un chien.


Dans mes trois souvenirs de jeunesse, j'ai gardé Calif, Impérial et Poésie. Car chacun a participé à faire de moi qui je suis aujourd'hui. Il y en a eu d'autres, certains que j'ai aussi beaucoup aimé et surtout qui m'ont énormément appris. Mais c'est trois là auront toujours une place de choix dans mon cœur.

Calif nous a quitté l'an dernier. C'était un mâle, un étalon Welsh d'une force et d'un amour magnifique. Il m'a guidé toute mon adolescence, il était avec moi au centre du cyclone, quand toutes les barques sont parties, quand l'orage a éclaté et que les ténèbres ont durées des heures, des jours, des années. Il était là. Il était ma seule source de réconfort absolu. Je me souviens de son hennissement quand je franchissais la porte des écuries, cachée derrière le mur de la première travée, et pourtant il entendait mon pas, connaissait mon odeur, et m'attendait dans le coin le plus proche de son box pour guetter mon arrivée. Il était pour un étalon d'une rare gentillesse, et d'une grande possession pour sa cavalière. Sa disparation laisse un vide tragique mais je suis heureuse qu'il ait eu cette très belle et longue vie avec sa dernière propriétaire, Marine.


Impérial m'a remise en selle. Après ma croissance et mon départ aux Etats-Unis, j'ai passé de longues années à ne monter qu'épisodiquement Merlin, le poney de ma sœur, quand je rentrais en vacances en France. J'ai rencontré Impérial à mon retour, un grand, un immense trotteur qui aimait sauter mais manquait de talent. Je crois n'avoir fait avec lui que deux tours en concours sans faire tomber de barres. C'est peu dire. Imperial est devenu Doudou et aujourd'hui, après m'avoir offert mes premiers championnats de France, Doudou profite d'une retraite bien méritée dans le centre de la France. Mon grand cheval glouton, qui mangeait mes beignets et mes sandwichs, avec qui nous faisions la sieste dans son box, qui aimait avoir des câlins quand j'étais sur son dos. Mon deuxième amour, une paix pour l'éternité.


J'ai rencontré Poésie tardivement à Paris quand j'ai voulu me remettre à la compétition de manière plus sérieuse. J'avais passé ma première saison sur une jument trop jeune qui avait un coup de saut incroyable mais n'aimait pas sauter en main et mon coach, certainement pris de pitié après une saison blanche, m'a donné Poésie. Elle ressemble beaucoup à Doudou, très grande et élancée, avec une robe bai magnifique. Poésie était un opéra, un ballet. Gracieuse, avec des muscles fins mais d'une force impressionnante, toujours impeccable, toujours élégante, et pas du tout jument dans son caractère. Je n'ai pas assez profité d'elle. Je ne dis jamais "elle m'a brisé l'épaule", car je sais que son geste avait plus vocation à me sauver qu'à me briser volontairement l'épaule.


Dans une vie de cavalier, il y a des chutes, et un jour il y a une chute très grave, celle qui vous force à arrêter longtemps et qui remet en cause (ou pas) le fait de monter. Je remonterai un jour. Quand j'aurais le temps, quand j'aurais la nature pour pouvoir profiter pleinement des matinées en forêt, pour ne pas avoir à m'inquiéter de l'heure à laquelle je vais monter, pour être libre à nouveau.


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© 2020 by Carole Llewellyn

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