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  • Carole

Je ne suis pas particulièrement féministe (mais)


Je m'interroge rarement sur mon statut de femme.

Rarement, sauf aujourd'hui.

Disons le tout de suite, je ne suis pas particulièrement féministe. Je peux me permettre de dire ça aujourd'hui en 2017, en habitant en France, un des pays les plus ouverts et démocratiques qu'il soit. Il est facile pour moi de ne pas être féministe en 2017 à Paris car les combats garantissant ma survie, ma liberté de travailler, de liberté de me marier, ma liberté de me reproduire, la possibilité d'avoir une carrière, un appartement, le droit de voter, tous ces combats ont été menés et gagnés par des femmes avant moi.


Au quotidien, je me sens plutôt à l'aise dans mon rôle de femme et je ne suis pas mal à l'aise avec les divergences de désirs, d'opportunités, de choix entre les hommes et les femmes. J'ai grandi en Auvergne dans une grande famille assez traditionnelle (mais pas trop) où le fait que je ne sois pas mariée à 23 ans n'était pas très grave car je faisais de très longues études. Je sais que ma grand-mère, une femme admirable qui m'a beaucoup appris, est un peu déçue que je ne sois pas mariée avec quatre enfants mais qu'elle est aussi fière de ma réussite, l'entreprenariat, la littérature, l'enseignement. Elle vit quotidiennement avec ce paradoxe, son envie pour moi d'un schéma classique avec lequel elle a grandi, et l'amour et la fierté de ce que j'ai pu accomplir à la place. Mais elle déjà nous enseignait la force, l'importance d'avoir du caractère, d'avoir un avis, de le partager.

Ma maman est devenue mon héroïne quand je suis devenue adulte. Il faut du temps pour comprendre ce que c'est qu'être mère, les choix, les sacrifices, le temps, l'amour, la résilience. Ma mère est une femme d'une force immense qui m'a appris à être indépendante, à être aimante, à donner de moi pour le bonheur des autres tout en poursuivant mes rêves, en assumant mes choix. Cela n'a pas été facile tous les jours, parfois je me demande si je n'aurais pas pu avoir une autre vie, faire d'autres choix, d'autres sacrifices et je m'interroge sur la femme que je serai aujourd'hui si j'avais fait des choix différents.

Clara, mon héroïne dans Une Ombre Chacun, est marquée par ce paradoxe. Epouse supposée comblée, elle se retrouve face à la complexité de son choix. Finalement, être épouse, être mère est-il suffisant pour elle? Ces idéaux sont-ils les siens ou bien ceux que les générations de femmes avant elle lui ont inculqués? C'est une question au cœur du roman. J'ai travaillé pendant quatre ans sur ma thèse pour comprendre ce qui faisait d'un homme un homme dans la littérature américaine, et j'ai désormais envie de me demander -- qu'est ce qui fait une femme d'une femme, aujourd'hui?

Je me dis souvent que je me permets de dire que je ne suis pas particulièrement féministe car je suis de cette génération qui n'a pas eu besoin de se battre. On m'a donné un peu tout sur un plateau, le droit de vote, la contraception, le droit de faire des études, le droit de choisir toutes les choses qui composent ma vie. La multiplicité du choix est angoissante, mais elle contient en son sein la possibilité de la liberté. Pour nous, ces femmes en France en 2017. La liberté aussi de se battre pour les droits des femmes qui ne les ont pas encore. Celles qui sont victimes de viols comme arme de guerre en Lybie, en RDC, au Darfur, les 200 millions qui ont été mutilées à travers le monde (on atteint 98% de femmes excisées en Somalie), celles qui sont par les lois de leurs pays discriminées, exclues de la vie politique, sociale, de l'accès à l'éducation, à la liberté. Pour que chaque jour, la presque pas féministe que je sois se rappelle et se batte pour les autres n'ont pas eu cette chance.

Une Ombre Chacun, éditions Belfond. Avril 2017. En pré-vente sur FNAC.COM.

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